L'EIT dans l'Aube, entretien avec Nicolas Juillet | RFEIT / Rencontres Francophones de l’Ecologie Industrielle et Territoriale

L'EIT dans l'Aube, entretien avec Nicolas Juillet

1 - Pourriez-vous rappeler ce qui avait motivé la création du Club, le CEIA, à l’époque ?

 

Ce qui a motivé la création du Club, c’est principalement la rencontre de Dominique Bourg (chercheur), de Philippe Adnot (Sénateur et Président du Conseil général de l’Aube) et de quelques industriels. Cela s’est passé deux ans avant la création de la Chaire d’écologie industrielle à l’Université de technologie de Troyes. Même si l’on parlait déjà de recyclage à l’époque, ce qui a véritablement été au lancement de l’initiative c’est la rencontre des gens et le partage des idées de Dominique Bourg avec un petit groupe de personnes. Bien qu’il n’y ait eu aucune certitude, tout cela est né de ce petit groupe de personnes qui ont adhéré au projet et qui ont dit « on va essayer de faire quelque chose ». Avec l’idée également qu’il y avait des possibilités derrière, de développement économique complémentaire pour notre département. Il ne faut pas oublier non plus qu’un élément important était d’associer, le monde de la Recherche, de l’Industrie et les Elus. C’était un point fort de cette initiative. On pensait à l’époque que chacun avait un rôle à jouer et qu’il y avait un certain nombre de choses qui pouvait être faites par la collectivité à moyen et long terme, en complément du court terme industriel.

 

 

2 – Qu’est-ce que l’EIT a apporté au territoire selon vous ?

 

L’écologie industrielle a permis de développer quelques synergies, ça a permis aux gens de se connaître et de travailler ensemble sur d’autres sujets. Et puis cela a permis aux autres entreprises de conforter aussi leur position sur le schéma de la régénération des solvants pour Cristal Union par exemple, mais pour d’autres aussi. Et puis après, il y a eu toute la partie étude de trois territoires qui a été produite par le CEIA, sur le projet COMETHE. Il y a eu des fortunes diverses mais tout de même, un certain nombre de choses en sont ressorties. Et cela a permis d’intégrer le projet PIVERT, sur les énergies décarbonnées avec tout un volet « écologie industrielle et territoriale » géré par l’université de technologie de Troyes. Il y a également eu une belle évolution sur les marchés publics avec la démonstration, pour les entreprises de travaux publics, que l’intégration des matériaux recyclés ou à recycler permettait de faire des économies. Même si on ressasse toujours un peu ces synergies-là, il ne faut pas oublier que cela a déclenché des actions nouvelles. Aujourd’hui tout le monde en parle mais à cette époque là, proposer des variantes pour utiliser des matériaux recyclés, ce n’était pas courant.

 

Il faut souligner aussi le partenariat UTT, industriels et élus, aujourd’hui partagé par le Grand Troyes. C’est un partenariat territorial fort qui a quand même permis de fédérer beaucoup de gens autour de la thématique et de la démystifier. Alors, il y a pas mal de monde qui s’est aperçu qu’il faisait de l’écologie industrielle sans le savoir, mais tant mieux !

 

Le territoire compte aujourd’hui de nombreuses entreprises récemment installées et qui œuvrent dans le domaine du recyclage. Ce n’est pas forcément dû au travail du Club, il faut rester modeste, mais il y a toujours un lien. Cela a fortement contribué à créer une dynamique sur ces thématiques là finalement. On parlait de recyclage mais on ne parlait pas de filière complète comme aujourd’hui avec notamment une vraie valeur ajoutée, sur toutes les dimensions du développement durable, qu’elle soit économique, environnementale et sociale.

 

3 – Quelles évolutions pouvez-vous imaginer pour le Club ou plus généralement pour ces réflexions sur l’EIT sur le territoire ?

 

Aujourd’hui, on ne parle plus d’écologie industrielle mais d’économie circulaire. Alors ça me chagrine un peu même si c’est plus complet et que cela intègre plus de choses. L’écologie industrielle et territoriale devrait garder une place plus importante dans ce concept d’économie circulaire.

 

On avait réfléchi à comment donner un second souffle au Club en élargissant son périmètre et ses actions. Mais on s’est aperçu que sans animateur, sans l’action de tous les jours, c’est difficile de relancer les choses. Il faut quelqu’un qui puisse travailler au jour le jour avec l’ADEME, les collectivités, les entreprises, etc. L’idée serait de s’inscrire dans les dynamiques de l’économie circulaire, puisque c’est le seul mot qui compte ou presque, tout en restant vigilant à garder cette dimension territoriale de synergies locales – peut-être élargies parce que le but n’est pas de rester que sur l’Aube – mais de compléter toutes les actions qui ont été menées et d’identifier de nouveaux partenariats.

 

On le voit aujourd’hui avec les Rencontres Francophones, il y a plus de partenaires qu’à la précédente édition. L’élan qu’on a mis en place sur le département doit pouvoir continuer en s’élargissant mais en gardant toujours des actions de proximité. Parce que l’écologie industrielle c’est tout de même la création d’économies sur le transport, etc., localement. A des échelles variables selon les problématiques, mais l’idée c’est de rester malgré tout bien ancré sur le territoire. Pour moi, dans l’EIT, il n’y a pas de petits bénéfices et il n’y a pas de petites actions. Il y a toujours des actions qui peuvent apporter quelque chose même si l’on est vraiment à géométrie variable selon les problématiques. L’ancrage territorial est la base de la réussite en écologie industrielle. L’action sur le terrain c’est l’action de tous les jours, il ne faut pas l’oublier.

 

D’ailleurs on sent que dans les entreprises, même si les gens sont le nez dans le guidon tous les jours, certains s’intéressent à ces problématiques sans savoir comment faire ; alors pour peu qu’on les accompagne, on peut faire éclore de nouvelles possibilités. C’est vraiment un point important pour l’avenir.