Economie circulaire et écologie industrielle et territoriale: quelle relation? | RFEIT / Rencontres Francophones de l’Ecologie Industrielle et Territoriale

Economie circulaire et écologie industrielle et territoriale: quelle relation?

Une histoire qui se rejoint

 

Il y a encore peu de temps, la distinction entre économie circulaire et écologie industrielle n’était pas si nette. Les praticiens avaient même tendance à dire que la première correspondait à la terminologie française – faisant référence aux initiatives territoriales amorcées pour certaines il y a plus de dix ans sous ces termes – quand la seconde était davantage anglophone. Autrement dit, il s’agirait globalement de la même chose mais en anglais, on aurait plutôt tendance à parler de circular economy. La loi chinoise sur l’économie circulaire de 2008 renforçait d’ailleurs la confusion, comme le souligne l’Article 9 du texte : « Les entreprises et les institutions publiques doivent mettre en place des systèmes de gestion et prendre des mesures pour réduire la consommation des ressources, la production et le rejet des déchets, ainsi que l’amélioration du niveau de réutilisation de recyclage des déchets ». Bien que la notion déborde la seule question des déchets, nous sommes ici tout à fait dans ce que prône le concept d’écologie industrielle.

 

Historiquement en effet1, l’écologie industrielle est cette approche qui vise, en s’inspirant du fonctionnement « en boucles » des écosystèmes naturels, à passer d’une économie linéaire non viable (extraction, production/consommation, déchets) à une économie circulaire optimisée. L’oxymore apparent des termes « écologie » et « industrielle » a d’ailleurs très souvent été souligné. La littérature scientifique, quant à elle, utilise toujours et très majoritairement, l’acception d’écologie industrielle pour évoquer les questions de valorisation de matières/énergie, de bouclages de flux, de métabolisme, de substitution, etc.On remarquera à ce propos que la revue scientifique dédiée au sujet s’appelle Journal of Industrial Ecology. Mais les choses évoluent.

 

Une formalisation des concepts

 

L’économie circulaire est devenue une notion clé et elle est amplement utilisée par les institutions et le monde économique. L’Union européenne a réalisé une Feuille de route pour une Europe efficace dans l’utilisation des ressources et rappelle fréquemment l’intérêt de ce type d’approche. Mais si les termes d’ « économie circulaire » séduisent par leur clarté et permettent de communiquer efficacement sur le sujet, l’écologie industrielle continue de mobiliser les acteurs de terrain[1]. Des travaux de l’ADEME notamment nous permettent alors de clarifier les concepts et voici comment l’une et l’autre sont définies :

 

L’économie circulaire: système économique d’échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits (biens et services), vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement.

L’écologie industrielle et territoriale, dénommée aussi symbiose industrielle, constitue un mode d’organisation inter-entreprises par des échanges de flux ou une mutualisation de besoins.

 

Un modèle et une stratégie

 

La lecture de ces définitions nous aide à y voir plus clair : l’économie circulaire devient le modèle, l’écologie industrielle et territoriale l’une des stratégie de mise en œuvre de ce modèle. Plus précisément, l’une des 7 stratégies opérationnelles que comprend l’économie circulaire, aux côtés de l’éco-conception, de l’économie de la fonctionnalité, du réemploi, de la réparation, de la réutilisation et du recyclage.

 

Par les synergies qu’elle invite à mettre en place entre les activités économiques, par la convergence des besoins, la substitution de matières et ou d’énergie dans les procédés de fabrication, la mutualisation de services, d’infrastructures ou d’équipements, l’écologie industrielle apparaît aujourd’hui comme un outil pertinent et de plus en plus mobilisé, pour implanter la logique de l’économie circulaire sur les territoires. Raison pour laquelle, le terme « écologie industrielle » a peu à peu été remplacé par celui – plus long mais plus explicite – d’ « écologie industrielle et territoriale » ; il ne s’agit pas de se concentrer sur un produit, un procédé ou de l’échange d’utilités entre ateliers de production, l’ambition est bien de travailler sur un périmètre géographique donné avec l’ensemble des acteurs économiques qui y sont implantés ou qui ont vocation à l’être.

 

On observe ainsi que l’écologie industrielle et territoriale se trouve aujourd’hui principalement circonscrite aux synergies qui peuvent être mises en œuvre sur un territoire. Soulignons que c’est aussi sur ce terrain qu’elle puise sa force et peut-être aussi son renouveau : on y parle en effet de coopération inter-acteurs, de confiance, d’innovation organisationnelle, etc. autant de champs qu’elle n’avait peut-être pas suffisamment investigué à ses débuts.

 

Le Club d’Ecologie Industrielle de l’Aube



1 Cf l’article fondateur Frosch R.A. et N.E. GAllopoulos (1989), « Strategies for Manufacturing », Scientific American, vol.261, n°3, p.144-152.

[1] L’association Orée recense plus d’une quarantaine d’initiatives en France.